PART 1
(Préface)
Depuis la manifestation de l'Arbre d'ambroisie, les natifs de Xianzhou jouissent d'une durée de vie infinie et l'Alliance est soumise, mais résiste, au mara depuis maintenant quelque six mille ans.
De la même manière que le voyage inaugural de Xianzhou, il marquait la fin de la longue guerre de l'humanité contre le déclin et la mort. Ce n'est que lorsque le Seigneur Archer de la destinée est intervenu que les trois peuples se sont unis et que les natifs de Xianzhou ont entamé leur interminable conflit contre les immortelles Abominations de l'Abondance.
Peut-être que le temps n'est qu'un cycle qui se répète. Le peuple de Xianzhou a écarté un adversaire, seulement pour se trouver un ennemi encore plus puissant. Cependant, personne ne sait d'où viendra la fin de cette guerre.
Ce modeste manuscrit tente d'aborder les origines de la notion de mara, l'évolution des perceptions du peuple de Xianzhou à son égard, et les avancées scientifiques qui lui sont liées. Son objectif est de permettre aux lecteurs de mieux saisir la nature de la longévité des habitants de Xianzhou, de façon plus claire et subjective, et de mieux cerner l'influence indélébile de l'Instigateur des Fléaux à Xianzhou.
Dame Dan Shu et de nombreux guérisseurs ont contribué à l'élaboration de ce livre. J'ai aussi recueilli de nombreuses informations de première main au sein de la Terrasse de recherche sur les élixirs de la Commission d'alchimie. Ô chers amis, vous m'avez tellement donné que je ne peux tous vous remercier individuellement ici.
Huayue, alchimiste de la Commission d'alchimie
PART 2
(I)
Comme chacun sait, l'âge d'or de l'ère de la Théophanie a pris fin en un instant : après être devenus des espèces à longue espérance, les habitants des huit vaisseaux de Xianzhou se sont reproduits de façon exponentielle, pour finalement atteindre le seuil maximal de leur population.
Dotés d'une espérance de vie millénaire, les vénérables détenaient de facto le monopole du pouvoir et de la richesse à bord de Xianzhou. Parallèlement, de l'autre côté se dressaient quelque 300 milliards de grossiers, tous réduits à l'état de morceaux de viande, qui appréhendaient à peine leur propre existence. Les vestiges célestes octroyés par l'Arbre d'ambroisie ne pouvaient jamais rassasier la cupidité humaine, et Xianzhou est devenu une flotte bouffie en perdition. Même toutes les domainosphères du monde ne parvenaient pas à suivre la croissance de la population, et le plan visant à coloniser de nouvelles planètes frontalières avec les grossiers afin de réduire la pression démographique, équivalait à essayer de faire bouillir l'océan. Selon les calculs, ces mondes auraient subi le même sort que Xianzhou en trois générations.
En définitive, ce que les générations suivantes ont baptisé la Guerre civile a explosé. Les familles et les clans des huit vaisseaux de Xianzhou se disputèrent et s'affrontèrent, les grossiers se révoltèrent, et le Yuanqiao fut tragiquement détruit en plongeant vers une géante rouge. C'est précisément à cette période délicate que le premier cas de mara de l'histoire a été répertorié.
Selon les archives du chapitre « Les Trois Souffrances » de l'Histoire de Xianzhou, Changhuan, le maître des domainosphères du Yaoqing de Xianzhou (NB : ce rang de noblesse, du temps où de telles choses existaient, a été oublié dans les annales du temps), appréciait boire du vin, festoyer et faire la fête. Pas même l'attaque d'une domainosphère n'a pu le dissuader d'organiser la fête de son millième anniversaire, à laquelle il avait convié de nombreux invités. Au banquet, les nobles affichaient un air désespéré et effleuraient à peine leurs plats. Seul l'hôte, les yeux vitreux, engloutissait tout ce qui se trouvait devant lui, ingurgitait le poids de plusieurs humains en nourriture et en boisson, comme si tout disparaissait dans un puits sans fond, sans toutefois parvenir à satisfaire son appétit.
Le temps de mettre les gardes en déroute et de démolir les portes du palais, ceux qui sont entrés par effraction n'ont découvert personne. Les recoins de la salle étaient remplis de morceaux de chair qui gigotaient encore : un nombre incalculable d'yeux, d'oreilles, de langues, de dents, de membres, de poils, de graisse... Gonflaient et se détachaient follement. Il était presque impossible de dire que toute cette masse charnue avait un jour appartenu à un corps humain.
Cette description de Boule de suif a été considérée durant un certain temps comme une fable grotesque. Mais on s'est vite aperçu qu'il ne s'agissait pas d'un incident isolé.
Confronté à l'indignation publique et aux émeutes, le vénérable « Immortel » autoproclamé les a soit ignorés tels des corps dans une morgue, soit accusés de sorcellerie comme s'ils étaient possédés. Le passé est rempli d'innombrables atrocités : le « Seigneur de la haine rouge » du Zhuming, le « Palais des os » du Xuling, le « Tombeau du bain de sang » du Yuque... Chaque tragédie renferme un élément-clé : à la fin d'une longue vie, les gens ne ressentent plus d'empathie pour l'humanité et sombrent dans la folie.
Nous pensions qu'il s'agissait de la tyrannie des puissants. Cependant, au cours des siècles suivants, les grossiers luttant pour leur propre survie sont également tombés dans la même ornière. Cette période fut connue comme étant « l'âge du Néant », et la glorieuse civilisation de Xianzhou avec son Arbre d'ambroisie sombra dans ses jours les plus sombres.
Cette folie, baptisée plus tard mara, a commencé à gangrener l'esprit de chaque natif à longue espérance de Xianzhou tel un véritable cauchemar dont il est quasiment impossible de sortir.
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